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Pourquoi ne pas y croire? J’ai déjà eu la force d’aspirer à un jour ensoleillé au fond des abris pendant la guerre. J’ai pu subsister durant des années et des années, même en me courbant un peu le dos. En fait, je courrais le danger, même en me cachant dans des endroits relativement sécuritaires, sauf que la mort m’a toujours exclue.

Bercée par le ton rêveur et musical de la voix de Ben, je ferme mes yeux. Je retourne à mes premières années d’établissement au Québec. À l’époque, je contemplais Montréal par la fenêtre à tous les matins. Je déposais sur son front un baiser de reconnaissance en gravant sur les parois de ma nouvelle vie la beauté de tout ce qui m’inspirait y compris les petits détails banals de mon quotidien. Armée d’espoir, je songeais à ma survie qui cherchait une nouvelle peau, une nouvelle ville qui serait la mienne.

Extrait : “La lyre ressuscitée” de Leila Gorguis