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Je ne savais plus si j’étais à Beyrouth, à Montréal ou ailleurs ! J’écoutais mes pas claquer sur le quai du Vieux-Port de Montréal. Je fermais mes yeux et je n’entendais que les vagues qui lapidaient les parois de mon exil. Mon sang et ma peau n’étaient plus les miens. J’errais sur les rives de Montréal comme une fourmi accablée laissant derrière elle tout un passé mouvementé.

Je n’étais qu’une toute petite graine de poussière qui cherchait un gîte, un atterrissage. Rien de plus.

Je dévoilais au Fleuve Saint-Laurent tous mes secrets. Sa tranquillité réchauffait mon cœur qui grelottait sous les rafales de l’exil. Il me chuchotait : «Toi méditerranéenne, îlot rescapé, Délivre tes sens, Libère tes mots, Pleure, crie, chante, danse, Révèle tes folies, Imprègne-toi de mon eau douce jusqu’au délire. Oublie tes blessures, N’aie pas peur de tremper tes cicatrices salées dans mon eau. Baigne-toi dans mon purgatoire pour un jour, pour deux, à jamais. Étrangère, non passagère que tu es, Guéris-toi de ce mal. Je suis le temple dun aveu où ton âme sest posée

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Leila Gorguis